Ce n’est plus un secret pour personne qu’il y a belle lurette que la gauche socialiste a abandonné l’ouvrier pour l’immigré, la nation pour le monde, le social pour le sociétal. D’ailleurs, cette gauche a fini par s’éloigner du socialisme tout court, qu’elle avait préempté au moment de l’affaire Dreyfus par opportunisme et tactique électorale.

« Je suis de gauche et je me bats contre le rejet des musulmans en France », affirmait Clémentine Autain (Libération, 14 avril 2016), résumant ainsi le positionnement idéologique actuel d’une certaine frange politique allant de La France insoumise à la gauche du Parti socialiste (représentée, en l’occurrence, par Benoît Hamon), les uns et les autres entretenant des liens plus ou moins renforcés avec la mouvance islamique.

Cette connivence politico-intellectuelle, voire cet encanaillement avec les organisations musulmanes de France – elles-mêmes ayant, pour certaines, partie liée avec les principaux foyers internationaux du financement du terrorisme comme le Qatar ou l’Arabie saoudite –, a été à l’origine du concept d’islamo-gauchisme. Le terme ne renferme, à lui-seul, qu’une vague signification mêlant tiers-mondisme décolonisateur et préoccupation pro-palestinienne.

L’historien Jacques Julliard n’hésite pas à aller beaucoup plus loin dans la théorisation d’un vocable qui exhale une ancienne et persistante odeur de soufre : « Il y a quelque chose d’insolite dans le néocléricalisme musulman qui s’est emparé d’une frange de l’intelligentsia. Parce que l’islam est le parti des pauvres, comme ils le prétendent ? Je ne crois pas un instant à ce changement de prolétariat. Du reste, allez donc voir en Arabie saoudite si l’islam est la religion des pauvres. Je constate plutôt que l’islamo-gauchisme est né du jour où l’islamisme est devenu le vecteur du terrorisme aveugle et de l’égorgement. Pourquoi cette conversion ? Parce que l’intelligentsia est devenue, depuis le début du XXe siècle, le vrai parti de la violence. Si elle préfère la révolution à la réforme, ce n’est pas en dépit mais à cause de la violence. Sartre déplorait que la Révolution française n’ait pas assez guillotiné » (Le Figaro, 26 août 2016).

Le Figaro Magazine de ce week-end a réuni cette charmante coterie sous l’oriflamme, sans doute moins connotée, « d’islamosphère », allant jusqu’à faire sienne l’expression – utilisée par Pascal Bruckner – d’« agents d’influence de l’islam » pour désigner intellectuels, politiques et associatifs qui se comportent en « vrais complices […] aux ordres des Frères musulmans ou des wahhabites, Edwy Plenel, capo dei capi ». Bruckner considère à bon droit que « l’islamosphère entend contrôler toute parole sur la religion du Prophète pour l’exonérer de ses responsabilités dans le crimes djihadistes et les imputer aux seules nations occidentales, coupables par essence ».

Ces « coallahbo » (Plenel précité, mais aussi Emmanuel Todd, Pascal Boniface, Edgar Morin, Laurent Joffrin et bien d’autres), monopolisant studios et plateaux, sont évidemment en première ligne depuis des années pour sidérer l’auditeur ou le téléspectateur en lui instillant au tréfonds du cortex les poisons intellectuellement létaux du type « cépasalislam », « padamalgam », « l’islam-est-une-religion-de-paix-et-d’amour ».

À cette enseigne, leur responsabilité dans les actes terroristes qui frappent la France – le jugement vaut également pour leurs épigones européens – n’en est que plus évidente, leur bienveillance à l’égard de l’islam étant parfois des plus ambivalentes, confinant à une douce complaisance quand elle s’obstine au déni de réalité, sinon au négationnisme.

http://www.bvoltaire.com/lislamosphere-pire-islamistes/?mc_cid=7c9cfa36e9&mc_eid=b338f8bb5e

 

 

 

Pascal Bruckner :

TRIBUNE – « Ce que les agents d’influence de l’islamisme ne tolèrent plus des curés ou des pasteurs, ils l’acceptent des mollahs ou des imams. Et veulent imposer à tous ce point de vue », écrit le philosophe.

Les uns par anticapitalisme, les autres par tiers-mondisme, les troisièmes par haine de la France, d’autres par aversion d’Israël ou des juifs : autant de motivations qui structurent ce qu’on appelle l’islamosphère. Laquelle n’a rien à voir avec cette « fascination de l’islam » dont parlait l’orientaliste Maxime Rodinson et qui a touché les grandes figures de notre culture, Montesquieu, Voltaire, Napoléon ou Michelet, admiratifs de Mahomet ou éblouis par les fastes de l’Empire ottoman. Dans cette famille, il faut distinguer entre les idiots utiles et les esprits forts répétant à l’envi que l’islamisation est un faux problème : c’est la position depuis toujours d’un Olivier Roy, écrivant en 2014 que « le bla-bla pseudo-érudit sur les racines coraniques du terrorisme n’a aucun intérêt », ou accusant le philosophe Robert Redeker, menacé de mort en 2006 après un article dans Le Figaro, d’avoir « chatouillé la fatwa ». Il y a enfin les vrais complices, les agents d’influence aux ordres des Frères musulmans ou des wahhabites, Edwy Plenel, capo dei capi, Vincent Geisser, François Burgat et autres. L’islamosphère entend contrôler toute parole sur la religion du Prophète pour l’exonérer de ses responsabilités dans les crimes djihadistes et les imputer aux seules nations occidentales, coupables par essence.

La gauche extrême qui a tout perdu, l’Union soviétique, le tiers-monde, la classe ouvrière, voit dans l’islam radical un prolétariat de substitution à mobiliser contre les forces du marché. Ce que l’on ne tolère plus des curés ou des pasteurs, on doit l’accepter des mollahs ou des imams, incarnation d’une religion « opprimée ». Ainsi ce « progressisme halal » n’hésite-t-il pas à piétiner ses propres valeurs, à tomber dans une idolâtrie sans faille pour le voile islamique, à s’enticher de toute la vêture des barbus comme on s’extasiait au XIXe siècle sur les odalisques et les harems. Le sociologue Raphaël Liogier ne compare-t-il pas les salafistes aux amish, cette pittoresque tribu d’Amérique du Nord abonnée aux carrioles à cheval et aux robes à crinoline ?

Dénoncer le viol, s’il est commis par des immigrés, est un acte raciste comme l’explique Caroline de Haas. D’autant que ces agressions, confirme le sociologue Eric Fassin, sont des actes politiques dirigés contre des femmes blanches dominantes. Quel spectacle cocasse de voir des intellectuels faire la leçon dans les médias à des Françaises musulmanes soucieuses de se dévoiler et de vivre comme des personnes libres ! Comment osent-elles ? A nous les affres de la liberté, l’égalité entre les sexes, le droit de déserter des vérités admises. A vous la soumission aux hommes, la religion imposée, le blasphème sanctionné, le crime d’apostasie.

Ex-communistes, trotskistes, maoïstes rivalisent dans leur allégeance à la bigoterie pourvu qu’elle soit portée par les adeptes du Coran. Ils haïssent la France non parce qu’elle opprimerait les musulmans, mais parce qu’elle les libère. Dès lors, l’ennemi à leurs yeux devient la laïcité et surtout les dissidents de l’islam qui veulent en finir avec la chape de plomb cléricale, avoir le droit de croire ou de ne pas croire, de vivre comme

ils l’entendent. Ces récalcitrants, il faut les punir, les clouer au pilori, tel Alain Gresh fustigeant devant des sénateurs l’imam Chalghoumi, dit « l’imam des juifs », lui-même sous le coup d’une fatwa, ou Pierre Tevanian traitant le philosophe Abdennour Bidar de fasciste…

L’Histoire retiendra que, face à la Peste verte, les islamo-poujadistes, de Mediapart à Alain Soral, du Bondy Blog et du NPA à Dieudonné, se sont prosternés comme leurs prédécesseurs du XXe siècle face au nazisme et au communisme. Dans notre belle République, les collabos aiment à se parer du masque des rebelles.

 

Des jihadistes de l’État islamique à Raqqa, en Syrie, en 2014. © Uncredited/AP/SIPA

Chut, ne dis rien, ferme les yeux, bouche-toi les oreilles, ne dénonce pas l’islamisme et ses avatars. Faut pas faire le jeu de l’extrême droite, ni celui des nostalgiques du colonialisme, encore moins celui du grand capital.

Mens ! Le jihadisme n’a rien à voir avec l’islamisme, et celui-ci ne viendrait surtout pas de l’islam. Même si des intellectuels des pays musulmans, qui ont vu leurs sœurs et frères tomber sous les balles des fous d’Allah, nuancent ou pensent le contraire. Voile le réel, pratique le déni, c’est plus simple ainsi. D’une posture, deux conforts : tu t’inscris dans le « camp du bien » et tu ne prends aucun risque. Contourne la vérité, inverse les arguments, fais des détours sémantiques, ne désigne pas le mal ; tourne autour de la bête immonde, mais ne l’affronte jamais. Dédramatise le terrorisme, folklorise l’idéologie salafiste, psychanalyse le jihadiste. Fais de celui-ci un déséquilibré, une victime de la société individualiste, du fétichisme marchand, de la crise sociale, de l’arrogance de la modernité. Trouve-lui toutes les explications possibles, sociales et psychologiques, sauf la principale : la religieuse.

Fais de l’islam une religion à part, de ses adeptes les « élus » de Dieu. Clame-le sur toutes les tribunes : Ce sont des humiliés. Fouille dans les vieux placards de l’histoire, déterre les cadavres, éparpille les cendres, revisite la guerre d’Algérie, attise le choc des mémoires, évoque l’Irak, la Syrie et la Libye. Les « humiliés » ont subi le colonialisme, ils ont été dépossédés de leurs biens, de leur pétrole, de leur langue, de leur terre et, quoi qu’ils fassent, il faut les excuser ; ce n’est jamais leur faute, c’est toujours celle des autres et de l’Occident. N’évoque surtout pas les esclavagistes arabes, ce chemin est miné, on te taxera de révisionniste. Oublie l’empire ottoman et ses crimes, oublie les civilisations et les peuples colonisés par l’arabo-islamisme.

Depuis l’effondrement du bloc soviétique, la gauche ne propose plus d’utopies ; ses idéologues, n’ayant plus de nouvelles idées, claudiquent dans le brouillard. Les uns ont viré à droite, les autres ont sombré dans les désillusions et les rancœurs. Hier internationalistes, ils deviennent aujourd’hui communautaristes, ethnicistes, différencialistes, relativistes. Ils ont tourné le dos aux Lumières, à la laïcité et à la liberté.

Les musulmans sont devenus les nouveaux prolétaires

L’islam est « révolutionnaire », le vert a remplacé le rouge, les chants religieux l’Internationale, le sabre la faucille, les jihadistes les brigadistes.

L’islamisme pousse sur les ruines du communisme. Les musulmans sont devenus les nouveaux prolétaires. Il faut les défendre contre Wall Street, le progrès, la dépravation des mœurs, les féministes, les homosexuels… Les perdants de la mondialisation doivent s’unir pour bâtir la Oumma et faire face au « gouvernement mondial ».

Complotistes de tous les pays, unissez-vous ! Déçus de la société de consommation, organisez-vous !

Marx est mort, vive Mahomet !

par Karim Akouche

Karim Akouche est un écrivain algérien, auteur du roman La Religion de ma mère (éd. Écriture)

http://www.jeuneafrique.com/451759/societe/marx-mort-vive-mahomet/

Retour à l'accueil