L’extension de l’assurance-chômage à l’ensemble des démissionnaires était une mesure phare du candidat Emmanuel Macron. Toutefois, la réforme a un coût, évalué à 14 milliards d’euros la première année.

La réforme de l’assurance-chômage envisagée par Emmanuel Macron représente-t-elle un gouffre financier ? C’est en tout cas ce que laissent penser les premières estimations du journal Les Echos. Ce projet de réforme, qui consiste à indemniser les salariés démissionnaires, impliquerait un effort financier colossal : jusqu’à 14 milliards d’euros la première année, puis de 3 à 5 milliards d’euros les années suivantes. Ces montants instillent le doute quant à la faisabilité de cette mesure.

L’UNEDIC soulève un risque financier

La promesse du président Emmanuel Macron d’étendre l’assurance-chômage à tous les démissionnaires fait réagir. Le gouvernement envisage de réformer l’assurance-chômage d’ici à l’été 2018. Le passage d’une gestion paritaire à une gestion tripartite avec pilotage de l’Etat, l’introduction d’un bonus-malus sur les cotisations patronales pour taxer les contrats courts ont également été évoqués. Ce chantier de grande ampleur fera probablement reculer les partenaires sociaux. Les premières discussions débuteront fin octobre au ministère du Travail.

Parmi les nombreuses mesures prévues dans le cadre des réformes sociales, la plus controversée sera inévitablement l’extension de l’assurance-chômage aux démissionnaires et indépendants. Dans un rapport publié en août dernier, l’UNEDIC s’inquiétait déjà des effets pervers de la réforme en précisant qu’elle pourrait faire « courir un risque financier à l’assurance-chômage ». L’indemnisation pourrait par exemple générer une hausse du nombre de démissions, notamment « à l’approche du départ en retraite », précisait l’organisme qui est désormais géré par les seuls partenaires sociaux. Actuellement, les Assedic ne sont versées aux démissionnaires que dans certains cas comme un déménagement pour suivi de conjoint ou encore le non-paiement des salaires. Seuls 65.000 salariés perçoivent cette allocation chaque année après avoir rompu leur contrat de travail dans des conditions considérées comme justifiées. Le Président de la République souhaite que ce régime d’exception soit applicable à tous les actifs. Cependant, les futurs bénéficiaires pourraient s’avérer très nombreux.

Des estimations bien éloignées de celles initialement exposées

Selon les estimations du ministère du Travail dévoilées par Les Echos, le coût de la réforme de l’assurance-chômage sera de 8 à 14 milliards d’euros la première année, et de 3 à 5 milliards d’euros les années qui suivent. Ces chiffres sont très éloignés de ceux présentés par Emmanuel Macron lors de sa campagne présidentielle qui tablait sur une mesure à 1,44 milliard d’euros. Pourtant en mars dernier, l’Institut Montaigne avait déjà écarté l’estimation du candidat du mouvement En Marche ! en évaluant le coût du dispositif entre 2,7 et 5,4 milliards d’euros. L’Institut avait aussi anticipé « l’effet comportement » : les actifs seront encouragés à démissionner par l’existence même de cette mesure.

Pour financer la réforme, le gouvernement cible un taux de chômage de 7 % à la fin du quinquennat, ce qui permettrait une baisse des dépenses d’indemnisation et une hausse des recettes. Il prévoit même de durcir les conditions d’indemnisation, précise le journal Les Echos. La réforme prévoit d’une part que ce droit d’indemnisation ne puisse être utilisable que tous les 5 ans, d’autre part, l’application d’un délai de carence. Ces différentes pistes seront attentivement étudiées par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) qui rendra un rapport en novembre prochain. Restera ensuite à convaincre les partenaires sociaux. Des concertations auront lieu fin octobre et devraient aboutir à l’élaboration d’un projet de loi qui sera présenté au printemps 2018 au Parlement avant d’être définitivement adopté cet été.

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