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Le ministère de la Transition écologique et solidaire a annoncé que la France votera contre le renouvellement du glyphosate. L’annonce a suscité l’incompréhension au sein de la communauté internationale et la colère chez les agriculteurs, qui craignent le renchérissement des coûts d’exploitation.

Le ministère français de la Transition écologique et solidaire a indiqué à l’AFP le 30 août que la France votera contre la proposition de la Commission européenne de renouveler pour dix ans la licence du glyphosate, un herbicide présent notamment dans le Roundup de Monsanto.

« La France votera [le 4 août] contre la réautorisation du glyphosate en raison des doutes qui demeurent sur la dangerosité », explique-t-on au ministère de la Transition écologique. La controverse scientifique sur le sujet a en effet pris une nouvelle ampleur lorsque le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) basée à Lyon, a classé le glyphosate comme « cancérogène probable » pour l’homme en 2015.

Un avis que l’Agence européenne chargée des produits chimiques (ECHA), l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) ou encore l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) ne partagent pas. Même le JMPR, un comité conjoint de l’OMS et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), estimait en 2016 que le glyhposate ingéré par le biais de l’alimentation ne présentait « probablement pas de risque de cancer pour les humains ».

Un désastre économique annoncé

La position de Nicolas Hulot est à ce titre doublement incompréhensible : mélange de principe excessif de précaution et d’avis partisan, le Ministre n’ayant pris en compte qu’une étude ayant été largement remise en cause depuis.

L’incompréhension que la décision de la France a suscitée dans une partie de la communauté scientifique internationale est patente. Le Conseil américain de l’industrie de la chimie (American Chemistry Council, ACC) a réagi à l’annonce du ministère français dès le 30 août. « Les politiques publiques doivent reposer sur des données scientifiques éprouvées, non sur des titres incendiaires. La décision française de s’opposer au renouvellement de l’autorisation du glyphosate va à l’encontre de nombreuses agences gouvernementales à travers le monde, qui estiment que le glyphosate ne représente aucun danger », déplorait l’ACC dans une déclaration diffusée sur Internet.

L’agence américaine exhorte le gouvernement français à « reconsidérer » sa décision et à écouter les conclusions de l’ECHA et l’EFSA. Elle critique également les travaux du CIRC, qui « ne prennent pas en compte l’exposition réelle » au glyphosate et dont les conclusions « ne s’appuient pas sur des données d’observance en vie réelle ».

En France, la profession agricole a pour sa part rappelé les conséquences d’une éventuelle suppression du glyphosate. Jean-Paul Bordes, directeur R&D chez Arvalis – Institut du végétal, estimait à 975 M€ par an les coûts directs liés à une interdiction du glyphosate dans l’Hexagone. Une nouvelle étude à paraître, citée par le Figaro, évoque quant à elle un manque à gagner de « 2 milliards d’euros » pour l’agriculture française, déjà sinistrée.

La guerre est déclarée

La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), et les syndicats Jeunes agriculteurs (JA) et Coordination rurale (CR) affirment quant à eux que l’interdiction du glyphosate remettrait en question « l’agroécologie, l’agroforesterie ou l’agriculture de conservation ». Les techniciens estiment en effet que l’interdiction de l’herbicide renchérirait les coûts d’exploitation pour les agriculteurs, forcés de recourir à nouveau aux labours pour nettoyer les sols avant semis.

En juin, un sondage mené par Ipsos via la plateforme AgriAvis révélait pourtant que pour les agriculteurs français, le glyphosate, loin d’être un luxe, est une composante essentielle de leur quotidien.

Ces derniers plébiscitent à 81 % les herbicides à base de glyphosate, qu’ils considèrent comme « indispensables aux techniques de conservation des sols dans leur exploitation (non labour, gestion des couverts végétaux…). Ils évaluent également l’augmentation de leurs coûts de production de 24 % en cas de retrait du glyphosate, tandis que plus de la moitié craignent une baisse de rendement, qu’ils estiment à environ 25 %. En outre, 57 % des agriculteurs interrogés considèrent qu’il serait plus pertinent de limiter les doses autorisées des herbicides à base de glyphosate plutôt que de les supprimer.

La situation des paysans français étant extrêmement délicate, une « guerre » entre le secteur agricole et le ministère de la Transition écologique aurait des effets désastreux – ce qui rend d’autant plus funeste la décision du Ministre de l’écologie.

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