La BBC a consacré un sujet à la frustration des migrants dans les pays baltes. Elle a notamment interrogé un Érythréen qui a été placé à Riga en Lettonie.

Voici la traduction intégrale de l’article :

De nombreux réfugiés relocalisés dans les petits pays baltes par l’UE font face à la marginalisation et à la pauvreté et finissent par se déplacer ailleurs en Europe.

Cela représente un casse-tête pour l’UE, déjà engagée dans une vive dispute avec la Pologne, la République tchèque et la Hongrie au sujet de leur refus d’accepter des réfugiés.

Mekharena, un Érythréen, est venu en Lettonie il y a un an, en provenance d’Italie. Rejoindre l’Europe représentait une véritable odyssée – il a traversé l’Ouganda, l’Ethiopie, Israël et l’Egypte. 

Ils ne nous donnent rien

Il n’a appris qu’un jour avant son vol qu’il se rendrait en Lettonie. Il ne lui a pas été permis de choisir lui-même sa destination et n’était pas content à ce propos. « Il y a plein d’Érythréens ailleurs en Europe. Ils parlent les uns avec les autres. Nous savons tous qu’en Allemagne, ils donnent un appartement et 400 euros d’argent de poche. Mais en Lettonie ils ne nous donnent rien-juste 139 euros par mois, »a-t-il dit à la BBC en langue russe.

A Riga, il est difficile de trouver un studio à louer pour cette somme. Mais il n’y a aucune possibilité d’augmenter ses gains. « Ce sont nos indemnités et nous ne pouvons pas nous permettre de payer plus les gens-nous ne faisons pas partie de ce genre de pays, » dit Ainars Latkovskis, responsable de la Commission parlementaire pour les affaires intérieures. « Ils peuvent bien sûr chercher un travail. Mais, d’après la loi lettone, vous devez parler la langue du pays pour obtenir un véritable travail et il faut en général plusieurs années pour l’apprendre, »a-t-il déclaré.

Mekharena souligne que c’est le faible niveau de vie qui pousse les réfugiés à quitter la Lettonie une fois qu’ils obtiennent leurs papiers. Il connaît de nombreux demandeurs d’asile qui ont précisément fait cela. « La plupart d’entre eux ne pouvaient pas survivre ici. Ils n’acceptent pas la différence [de revenu entre la Lettonie et l’Allemagne]. Beaucoup d’entre eux ont emprunté de l’argent pour aller en Europe et ils doivent le rembourser, » indique Mekharena. Il a lui-même versé 3000 dollars à des passeurs. 

Un plan de solidarité de l’UE, convenu en 2015, a envisagé de relocaliser 160’000 Syriens et Érythréens à travers l’UE, à partir des camps surpeuplés de Grèce et d’Italie. Seule une fraction a quitté ces camps pour le moment.  Les politiciens de l’UE sont excédés par la migration constante de réfugiés en provenance de Lettonie. « Nous vivons dans un pays libre, pas en Russie. Le problème c’est la guerre et la terrible situation en Syrie. C’est ce qui doit être résolu, » a dit Mr Latkovskis. Les réfugiés viennent de tous les trois pays baltes-l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. 

Sur les 349 requérants d’asile acceptés par la Lituanie, 248 ont déjà quitté le pays une fois qu’ils ont obtenu leur statut officiel de réfugié, d’après Robertas Mikulenas, directeur d’un centre d’accueil à Ruila, petite ville lituanienne. Les indemnités des réfugiés varient entre 102 et 204 euros par mois. 

Jusqu’à présent, 317 réfugiés alloués à la Lettonie sont arrivés dans le pays, mais aucun bureau n’a de trace de leur localisation. Le fait que personne n’utilise les services de mentorat à disposition des personnes qui possèdent le statut officiel de réfugié, indique qu’ils sont partis.   

En Estonie, la situation est similaire : sur les 136 qui ont bénéficié du programme de l’UE, 79 ont déménagé ailleurs en Europe. Les réfugiés en Estonie reçoivent 130 euros par mois.  Une fois qu’il a obtenu l’asile, un réfugié peut voyager librement au sein de l’UE et rejoindre ses amis et sa famille en Europe occidentale-et les pays baltes ont rempli leurs obligations en vertu du régime des quotas de l’UE. 

Réactions nationalistes

De nombreuses personnes dans les pays baltes, en particulier les nationalistes, soutiennent le refus de la Pologne, de la République tchèque et de la Hongrie, de loger des réfugiés. Vingt-trois députés lettons ont signé une lettre demandant à la Commission européenne de ne pas imposer des sanctions aux trois pays qui refusent des réfugiés. L’un des signataires, Karlis Kreslins, de l’Alliance nationale de droite, exprimait du dédain envers les réfugiés. « Ils ne restent pas longtemps en Lettonie, presque tous sont partis. Cela signifie qu’ils étaient simplement à la recherche d’une vie meilleure, »a-t-il dit. 

Mekharena est en Lettonie depuis près d’un an. Des amis l’aident toujours à payer son loyer et maintenant il espère trouver un emploi.  
« J’ai une formation supérieure en ingénierie mais je vais faire un travail manuel sur un site de construction. J’espère que ça va marcher, » dit-il. 
Il aimerait rejoindre sa famille à Londres mais il n’est pas pressé étant donné qu’il pense qu’il ne sera pas en mesure de trouver un travail de manière légale en dehors de la Lettonie. « Si je me rends dans un autre pays, ils ne vont pas m’accepter. Je connais plusieurs personnes qui ont quitté la Lettonie. Ils sont tous allés en Allemagne mais aucun d’entre eux ne peut y travailler, » dit Mekharena.  

Le statut de réfugié en Lettonie ne permet que d’obtenir des indemnités ou de travailler en Lettonie. Cela ne permet pas d’obtenir des garanties dans d’autres pays de l’UE. D’après Mekharena, les réfugiés qui quittent la Lettonie « attendent six mois avant de déposer une nouvelle demande d’asile, mais ils sont dépendants de l’aide fournie par leurs amis-c’est juste une perte de temps ». Ils reviennent aux mêmes problèmes qu’ils ont laissé en partant : faibles revenus, ils ne parlent pas la langue et ils ont du mal à trouver un emploi et un endroit pour vivre. 

Traduction effectuée à partir de l’anglais par Alimuddin Usmani

 

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