(FILES) The logo of social networking website 'Facebook' is displayed on a computer screen in London, on December 12, 2007. Social network website Facebook, which has around 850 million users worldwide, went down in several mainly European countries on March 7, 2012 for around two hours, users and the company said. "Today we experienced technical difficulties causing the site to be unavailable for a number of users in Europe," Facebook said in a statement. "The issue has been resolved and everyone should now have access to Facebook. We apologise for any inconvenience." AFP PHOTO / LEON NEAL (Photo credit should read LEON NEAL/AFP/Getty Images)
 

Depuis 2015, Enedis (ex-ErDF) installe un nouveau compteur intelligent qui doit permettre aux usagers de mieux gérer leur consommation électrique. Une avancée technologique synonyme de factures et d’une empreinte écologique moins élevée. Pourtant, des groupes se sont rapidement constitués pour s’insurger contre les prétendus risques que représenterait cette nouvelle installation. Faute de pouvoir mobiliser à grande échelle, ces frondeurs ont investi les réseaux sociaux et ne cessent de dénoncer sur Facebook la supposée utilisation des données personnelles issues de Linky. Un paradoxe pour le moins curieux qui décrédibilise la démarche.

Linky est un compteur électrique dit intelligent, car il permet de suivre sa consommation pour mieux la gérer. C’est un compteur communicant, car il envoie chaque mois les relevés de consommation directement à Enedis sans le passage d’un technicien. Un gestionnaire de réseau beaucoup plus efficace dans la mesure où les délais d’intervention en cas de problème sont réduits à moins de 24 heures contre 5 jours en moyenne pour les compteurs plus anciens. Ces avantages expliquent la généralisation de Linky dont le déploiement sur le territoire français va se poursuivre jusqu’en 2022. Mais cette avancée est suivie de près par une fronde marginale, mais bruyante sur Internet. Une poignée de militants se sont regroupés (souvent uniquement de manière virtuelle) pour dénoncer les « méfaits » de ce compteur.

La boîte à fantasmes des anti-Linky

Deux axes de mobilisation ont ainsi été créés. Le premier concerne les dangers inhérents à l’utilisation de Linky pour ses utilisateurs. En effet, selon les anti-compteurs, Linky émettrait des ondes cancérigènes. Allégation très graves, mais qui ont toujours été systématiquement infirmées par la science.

L’Agence nationale des fréquences (ANFR) et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) ont à plusieurs reprises conclu que Linky n’était absolument pas nocif et que les ondes émises sont même inférieures à celles d’un radio-réveil classique.

Malgré tout, la mobilisation anti-Linky continue et utilise un autre aspect également susceptible d’interpeller les citoyens : la protection de la vie privée. En effet, d’autres attaques insistent sur la possible récupération des données par Enedis pour espionner le moindre fait et geste des habitants. La « courbe de charge », sorte de représentation graphique de la consommation électrique fait figure d’épouvantail. Enedis, serait selon les frondeurs, capable de dire quel appareil électroménager a été utilisé à quel moment. Une connaissance pour le moins intrusive dans la vie des consommateurs. Sauf qu’il s’agit d’une extrapolation bien lointaine de la réalité. La courbe de charge ne remonte pas vers le gestionnaire (Enedis) et peut-être effacée par l’utilisateur à tout moment sans avoir à justifier son choix. Seuls les relevés mensuels libellés en kWh sont envoyés afin de générer des factures. Les données, par ailleurs cryptées, ne sont pas mises à la disposition du plus offrant. Les sociétés commerciales ne peuvent avoir accès aux relevés que sur accord explicite du consommateur. L’intrusion dans la vie privée via Linky relève donc du fantasme.

 

Facebook : un expert en données personnelles

Le plus incroyable est que la mobilisation anti-Linky se fait surtout sur Facebook où plusieurs groupes ont été créés à cette fin. Regroupant une dizaine de comptes et même jusqu’à quelques milliers, ils suivent tous le mot d’ordre lancé par leur général en chef, Stéphane Lhomme. Sur les différentes pages, les arguments tournent en boucle malgré les infirmations répétées des agences nationales chargées de la protection des personnes.

La mobilisation est d’autant plus étrange qu’elle utilise Facebook pour dénoncer des violations de la vie privée (démenties par la CNIL) qu’entraînerait Linky. Facebook ou la machine à pomper les informations personnelles pour mieux les revendre à des marques qui cibleront leurs publicités en fonction du profil de chacun d’entre nous. Ainsi, le géant américain tire environ 5 dollars par an et par compte actif rien qu’en revendant de la data. La manne est extraordinaire, car le site revendique plus de 2 milliards d’utilisateurs.

Le business model est tellement discutable que Facebook doit désormais faire face à des actions en justice. 20 millions de dollars ont dû être déboursés suite à une class action lancée par des utilisateurs américains en colère et la note pourrait être bien plus salée, dans la perspective d’un conflit ouvert avec une Union européenne plus pointilleuse sur le respect de la vie privée. Mais peut-être qu’occupés à travestir la réalité sur Linky, les frondeurs n’ont pas vu que leurs vies étaient entièrement partagées par les serveurs de Facebook.

 
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