Emmanuel Macron, le dragueur de vieux.

Il y a longtemps que je ne lis plus les biographies politiques qui paraissent sur les personnages qui prétendent aux sphères élevées du pouvoir. Depuis au moins trente ans.

Elles ne sont, le plus souvent qu'ouvrages de commande des puissances qui dans le secret veulent tirer les ficelles du théâtre d'ombres. Je préfère me faire une opinion personnelle par l'observation des faits et gestes, au fil des années, des divers candidats.

Je viens de faire une exception en lisant le livre consacré à Emmanuel Macron par Anne Fulda ( Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait, chez Plon ), considérant que l'activité politique du nouveau président de la République, trop récente, à peine trois ans, laissaient trop de blancs pour qu'on puisse lui laisser les mains libres dans une actualité tourmentée comme celle où nous évoluons.

L'ouvrage de madame Fulda a des défauts. On sent la hâte avec laquelle il a été écrit, due sans doute à l'urgence d'être en librairie avant les autres, qui prolifèrent. Urgence éditoriale donc, qui explique, sans les justifier les redites d'un chapitre à l'autre, et certaines négligences de style.

Je ne regrette pourtant pas cette lecture.

Si l'enfant est le père de l'homme, si nos personnalités sont en partie conditionnées par les évènements vécus avant même l'âge de dix ans, il est utile que les biographies de ceux qui aspirent à devenir les princes qui nous gouvernent soient connues.

La représentation que je me suis faite depuis trois ans de M. Macron, est celle d'un garçon certes brillant, jouant de son incontestable charme pour convaincre de le rejoindre dans …. la réussite de sa carrière, a été assez largement confirmée, voire renforcée par les informations données dans cette biographie.

Cette impression est celle d'un homme très narcissique, très auto centré, au brio incontestable, mais d'autant plus redoutable qu'il est mis au service d'une représentation d'un monde rêvé qui n'est pas le monde réel.

Je vous propose, ci-dessous, quelques bonnes pages du livre d'Anne Fulda, moins ses opinions personnelles que les fruits des nombreux entretiens qu'elle a eues avec des parents, amis de générations différentes d'E. Macron.

 

Le Scrutateur

 

Macron : Un désir effréné de séduire.

 

. Ce Macron « chez qui désir de convaincre et angoisse de déplaire sont liés de façon étroite. Comme s'il ne pouvait supporter l'idée de découvrir autre chose que l'approbation ou l'as­sentiment chez son interlocuteur. Comme s'il avait du mal à ne pas revoir les regards admiratifs qu'il a presque toujours croisés depuis son enfance : chez ses parents, sa grand-mère, ses professeurs, ses copains. Puis chez tous ceux qui l'ont aidé à gravir les échelons de la réussite parisienne.

« Il n'aime pas cliver, Emmanuel, il déteste ça. H aime que tout le monde l'aime. C'est une espèce de phobie et probablement la raison pour laquelle il a mis tellement de temps à dévoiler son programme », s'amuse un ancien» camarade de l'ENA. Jacques Attali relève de son côté qu'Emmanuel « est un homme heureux qui a envie d'être porteur de bonnes nouvelles1 ».

Ce travers ne date pas d'hier : depuis qu'il est petit, Macron veut toujours convaincre, plaire, «retourner» ceux qui, a priori, ne l'aiment pas. Comme cette professeur de piano qui lui avait fait rater son concours au conservatoire d'Amiens et avec laquelle il avait expressément demandé de repasser l'année suivante. Pour, cette fois, réussir l'épreuve.

Il a toujours eu le désir de plaire, le besoin d'être admiré, de recueillir l'assentiment de ceux qu'il côtoie, et plus particulièrement de ses aînés, de ceux qui détiennent un pouvoir qu'il n'a pas. Le pouvoir du savoir. Le pouvoir intellectuel, puis éco­nomique et politique. Il veut tous les conquérir, les embrasser. Pour être reconnu, adulé, admiré. Pour obtenir cette petite dose d'adrénaline que l'on trouve en politique, mais aussi en banque d'affaires où, reconnaît-il, « il y a des moments de conquête, de chasse, mais différents de ceux de la politique2». En fait, Emmanuel Macron est comme un don Juan asexué. Ou, plus exactement, un don Juan aux yeux duquel la conquête, la séduction ne sont pas sexuées, ni liées à l'accumulation de

conquêtes féminines, mais correspondent plutôt à une sorte de réassurance narcissique perpétuelle. À un besoin presque pathologique de séduire. De convaincre. De renouveler sans cesse les commen­cements exaltants. C'est le sentiment qu'exprimé Dom Juan, pour qui «les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement».

À se demander si Emmanuel Macron ne fait pas tout pour retrouver, toujours et encore, le regard de Manette, sa grand-mère adorée. Ce regard qui l'a porté, l'a approuvé, et émancipé ». ( pp. 116 à 118 ).

 

 

Le dragueur de vieux :

 

Celui que Julien Dray surnomma en riant «le dra­gueur de vieux» a, visiblement, un talent particulier pour charmer ses aînés. Emmanuel, témoigne un ami de l'ENA, «s'est toujours appuyé sur des gens de générations au-dessus. H se produit quelque chose du registre de la cure de jouvence pour eux. Ils aiment être courtisés par un jeune ambitieux. C'est un processus de séduction assez impressionnant. Emmanuel a besoin qu'autour de lui l'œil frétille, s'allume. Lui séduit, utilise puis jette. Il a d'ailleurs très peu d'amis en dehors de Marc Ferracci».( P. 120 ).

 

L'explication :

 

En tout cas, Emmanuel Macron a la paternité multiple et sélective. Comme l'analyse Julien Dray : « Il drague toujours les vieux, se positionne toujours comme le fils rêvé ». L'une de ses cibles, du haut de ses soixante-dix ans, analyse finement :

«Les vieux, si je puis dire, sont toujours contents quand ils voient un jeune s'intéresser à eux. Comme ils s'interrogent souvent sur leur utilité sociale, ils ne peuvent qu'être flattés de découvrir un jeune ministre brillant leur dire j'ai besoin de vous. » ( pp.125/126 ).

 

Le vampirisme : Pour Emmanuel le temps ( parfois ne semble pas compter ) :

 

Pour atteindre ses objectifs, Emmanuel ne compte pas son temps. Il se campe devant sa proie, semble vouloir la fasciner et pratique une variété de vampirisme. Ce qui n'a pas échappé à l 'une de ses victimes, François Henrot, qui n'étant pas né de la dernière pluie, échappe à la capture et rapporte sous l'appellation « d'art du colloque singulier », ce qui suit : « Il arrive à plaire sans que cela soit voyant. En déployant une gentillesse à toute épreuve, une bienveillance et une écoute rares, en faisant montre aussi d'une qualité assez peu répandue : «L'art du colloque singulier», comme le résume François Henrot, cette capacité à convaincre, à séduire un interlo­cuteur. En le regardant au fond des yeux, comme si la conversation en cours était ce qu'il y a de plus important au monde. Comme si le temps n'avait aucune importance, que les minutes pouvaient s'étendre. Le rendez-vous initialement prévu pour durer quinze ou trente minutes s'étire finalementsur quarante-cinq minutes, une heure, voire deux. Non, franchement, on n'est pas à cinq minutes près lorsqu'une conversation passionnante se noue. » ( pp.132/133 ).

Une autre des proies imaginées du « gamin », comme a pu dire bien imprudemment François Hollande, Peter Brabeck, le président de Nestlé : « Emmanuel Macron vous regardait dans les yeux comme si sa vie entière s'était écoulée dans le seul objectif de permettre cette conversation avec vous » ( p. 157 ).

 

Le tombeur de François Hollande.

 

Même François Hollande qui, à défaut d'être un chef de l'Etat, était un vieux routier de la politique, s'est laissé prendre au jeu du jeune ambitieux, et détrousser comme un débutant.

Un ami de l'ancien amant de la Royale raconte : « J'ai entendu le Président me dire long­temps avant son départ qu'Emmanuel était le fils que tout le monde aimerait avoir. Ce qui s'est passé par la suite a été obligatoirement doulou­reux pour lui personnellement parce qu'il a eu le sentiment de s'être fait berner. Macron était telle­ment sympa, joyeux... Il n'a pas pensé que l'autre était en train de lui piquer sa montre ! ».

Le chef de l'État s'est peut-être senti plus fort que lui. « Comme d'autres, il a dû se dire "putain, il m'a baisé aussi!". Il faut en effet savoir qu'Em­manuel, quand tu lui donnes une opportunité, il ne la laisse pas passer. » ( p. 139 ).

 

Quand Emmanuel rit jaune.

 

Et les copains dans tout ça? Evidemment notre futur président soignait ses amis ( et concurrents aux concours ) les jeunes comme lui, au temps de l'ENA. Beaucoup moins toutefois que les huiles de la finance et de la politique (les vieux ).

En témoigne cette anecdote, qui montre que les jeunots sont parfois plus lucides que leurs anciens : « Tout en donnant des cours de théâtre il ne restait jamais le week-end sur place et gardait toujours une espèce de distance envers sa bande de copains, plutôt amateurs de blagues potaches et de soirées entre karaoké et Académie de la bière. Preuve qu'ils n'étaient pas dupes, un jour, ses camarades de promo piratèrent sa boîte mail et envoyèrent un message signé de lui avec comme texte : « Chers tous, vous me voyez tous les matins, je vous fais la bise, je vous souris mais, au fond de moi, je vous méprise profondément. » Macron avait ri... jaune ». ( p.122 ).

 

Mais alors pourquoi Emmanuel brutalise t-il le vieux Pierre de Villiers, qui à soixante ans pourrait être son père?

Peut-être parce que depuis juin, il a changé de statut. Désormais il est M le président. C'est lui qui distribue éloges et avantages. M de Villiers est désormais, aux yeux du nouveau maître, une quantité négligeable, et, plus grave un souvenir encore trop frais d'une dépendance pas si ancienne.

En quoi toute personnalité présente des limites, des béances. L'enfant prodige, et auto centré, qui ne voit le monde qu'au travers de ses songes, et des caresses du regard de parents trop admiratifs et « permissifs», peut sombrer dans un délire pouvant lui coûter cher, ( et à ceux qui sont sous son éventuelle responsabilité ) car le monde, tel qu'il est a sa propre consistance peu compatible avec l'imaginaire de Narcisse.

Le réel est impitoyable aux rêveurs, surtout dans le monde de la politique.

Monsieur Macron devrait relire, ou lire, les fables de La Fontaine. Elles sont bien plus instructives sur la vie réelle que les schémas gris de l'énarchie.

 

Le Scrutateur.

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