Charivari dans l’hémicycle : entre mépris de la démocratie et mépris des électeurs

Aujourd'hui à quinze heures s'ouvrait la séance de nomination du bureau de l'Assemblée nationale. Trois questeurs, en charge de l'administration de l'Assemblée et notamment du budget ont été élus, parmi eux se trouve le député des Républicains, qualifié de "Macron-compatible" par les médias français. Tous les questeurs élus, sans exception sont favorables à la majorité présidentielle, ce qui a amené de nombreux parlementaires à poser la question des droits de l'opposition.

Christian Jacob, président du groupe Les Républicains à l'Assemblée a alors annoncé, en signe de protestation que les candidats à la vice-présidence de l'assemblée apparentés à son groupe se retiraient. Cette décision rebat les cartes, alors qu'il y avait en début de séance 6 candidats pour 6 postes de Vice-Président, les candidatures se mettent dès-lors à émerger sauvagement. Après de longues suspensions de séance, François de Rugy, président de l'Assemblée Nationale et partisan de la République en Marche, fraîchement élu, a énoncé la liste des candidats : cinq candidats de La République en Marche, un candidat pour le Modem, Yves Jégo pour le groupe des Constructifs, une candidate pour La France insoumise, et un candidat pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

"C'est pour retirer votre candidature ?" a demandé le Président de l'Assemblée, non sans ironie, lorsqu'il s'agissait de donner la parole à Yves Jégo, président du groupe des Constructifs ; l'intéressé n'a pas manqué de répondre par une réplique cinglante et glaciale qui rappelait l'aspect solennel de la fonction de député. Par la suite, le député Jean Lassalle, connu pour ses interventions hautes en couleur a annoncé sa candidature afin "d'essayer de trouver une solution", devant une assemblée hilare.

C'est dans ce joyeux capharnaüm que les présidents de groupe ont pris la parole tour à tour, puis vint Richard Ferrand, président du groupe de la majorité présidentielle. Il est alors près de 23 heures, et les vices-présidents n'ont toujours pas été désignés, car avec cinq candidats de la République en Marche il s'agit bel et bien d'une désignation.

"[…] Monsieur Faure parlait de crise, de quoi s'agit-il ? Il ne s'agit pas d'une crise, il s'agit d'une l'élection d'un questeur, et je me demande combien de Français savent précisément ce dont il s'agit..."

C'est dans une quasi-indifférence que Richard Ferrand a déclamé ces paroles au sein de l'hémicycle. Elles sont tout d'abord le signe du mépris manifeste des élites politiques, pourtant censées incarner le renouveau, à l'égard des citoyens qu'ils représentent et qui pour certains ont participé à leur accès au pouvoir législatif. La prétendue ignorance du commun semble par ailleurs, selon Monsieur Ferrand, justifier du fait que la majorité présidentielle se permet de bafouer les droits de l'opposition en monopolisant les postes clés de l'Assemblée nationale.

 

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